Marie Malherbe

Blog

Danse avec l'Ange

Ajouté le 26 oct. 2016

Un cycle pictural sur le thème de l'Ange et de la danse sacrée

présenté par Francesca Brandes, poète et critique d'art

Galerie LA BIZNAGA
Fondamenta Tolentini
Santa Croce 167
Venise

"Back to Paradise" et autres oeuvres présentées à Palerme dans le cadre de la Biennale d'Art Sacré Contemporain BIAS 2016

Ajouté le 8 sept. 2016

Back to Paradise
cartographie excentrique et concentrique du jardin intérieur

par Marie Malherbe
curatrice : Chiara Donà dalle Rose



Cette installation invite à une réflexion sur la Création observée du point de vue du Jardin originel. Elle est exposée à l’oratoire San Mercurio du vieux Palerme, récemment restauré, où elle dialogue avec la délicate majolique du Settecento qui dessine au sol un surprenant hortus deliciarum. Motifs végétaux et oiseaux de paradis parcourent en effet les deux œuvres, lesquelles apparaissent comme un prolongement l’une de l’autre. Le jardin vertical répond au jardin horizontal pour dessiner un espace multidimensionnel et créer un instant d’harmonie, d’abondance et de paix visant à réveiller la mémoire intuitive du Paradis…et peut-être en retrouver la porte intérieure.

Libre interprétation picturale de la structure symbolique du Paradis rapportée dans la Genèse, ce polyptyque se propose aussi d’explorer deux énigmes. La première se déchiffre selon un axe de lecture horizontal et concerne, derrière le récit de la Création archétypale, la nature même de tout processus créatif. La seconde suit un axe de lecture vertical et traite de la dualité apparemment omniprésente dans toute (la) Création. Les deux axes se rejoignent en une unique recherche du Centre, point de passage obligé du cheminement « back to Paradise ».

*

La lecture horizontale de l’œuvre, embrassant ses 5 panneaux concentriques de plus en plus larges et significatifs au fur et à mesure que l’on s’approche du centre, révèle déjà une dynamique centripète conduisant le regard de l’extérieur vers l’intérieur. Ce mouvement traduit une double gradation :

La première est une gradation progressive du CHAOS à l’ORDRE. Les formes abstraites des panneaux extérieurs (idées) laissent peu à peu apparaître des éléments épars dans les panneaux intermédiaires (cellules), lesquels s’assemblent enfin dans le panneau central pour donner naissance à des organismes complexes (arbres). Cette progressive mise en ordre du chaos, qui traduit certes les tout premiers vers de la Genèse, mais qui sous forme poétique rejoint aussi l’esprit des théories scientifiques les plus récentes, illustre au fond la dynamique archétypale sur laquelle se greffe tout processus créatif.

La seconde est une gradation scalaire, du MACRO- au MICROCOSME. Elle reflète l’architecture symbolique du premier chapitre de la Genèse, depuis l’apparition de la lumière et du firmament au-delà de la Terre (panneaux extérieurs, plus minéraux) jusqu’à celle de la vie sur Terre (panneaux intérieurs, plus végétaux et animaux). Le terme de ce zoom progressif est finalement le cœur d’un lieu tout à fait précis et singulier, premier espace terrestre décrit dans la Torah/Bible : le fameux jardin d’Eden ou Paradis. La description de ce Paradisum voluptatis, qui apparaît dès le début du chapitre II de cette même Genèse, est brève mais hautement symbolique. Elle ne mentionne nommément que 4 fleuves (dont les 4 panneaux latéraux sont également une évocation) et surtout 2 arbres, sujets du panneau central : l’Arbre de Vie, et l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. On précise qu’au moins l’un d’eux est planté au centre du jardin : c’est donc bien d’une recherche du centre qu’il s’agit. La dynamique concentrique même de la composition, version revisitée des polyptiques médiévaux et renaissance visant précisément à orienter le regard vers l’intérieur, entend présenter le Paradis comme un lieu non pas extérieur et lointain mais intérieur et infiniment proche, accessible dans l’ici et maintenant. Délimité par les fleuves comme par le firmament, le Paradis apparaît comme un lieu protégé et clos auquel l’ensemble du cosmos fait écrin, et qui fait écrin à son tour aux deux arbres singuliers qui fleurissent en son centre. Ces deux arbres symbolisent en somme le centre du centre, ou centre par excellence de l’intériorité.

Le jeu d’échelles se complexifie si l’on remarque que chaque feuille d’arbre (ou « microcosme ») reflète et contient en elle-même un motif de l’univers entier (ou « macrocosme »). Chaque entité du monde créé est en effet porteuse d’informations infiniment complexes qui dépassent les limites apparentes de son être (qu’il s’agisse d’ADN pour la cellule, d’ « inspiration » pour l’être humain, ou de toute forme de connaissance intuitive).
Ce travail est conçu comme une sorte de concerto pour feuille et fruit, ou comme un jeu entre la Création et le fruit, entre le tout et le détail, entre extériorité et intériorité, entre macrocosme et microcosme, dans lequel le premier se reflète dans le second, et le rejoint mystérieusement. « As within so without ».

*

La lecture verticale de l’œuvre fait apparaître un autre jeu de reflets, posant cette fois-ci non plus la question de l’intérieur et de l’extérieur, mais celle du haut et du bas. Picturalement, le haut et le bas désignent ici non pas le divin versus l’humain, mais la dualité omniprésente « ici-bas » dans le créé –du moins selon la perception humaine commune. Dualité du haut et du bas, du chaud et du froid, du clair et de l’obscur, du masculin et du féminin, du conscient et de l’inconscient, du visible et de l’invisible… toutes résumables dans la dynamique créatrice bien connue du Yin et du Yang. Mais c’est d’une dualité bien plus problématique que parle l’Écriture judéo-chrétienne, et ceci d’entrée de jeu : celle du « bien » et du « mal » (« Dieu fit pousser du sol toute espèce d'arbres séduisants à voir et bons à manger, et l'arbre de vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal » Gen, 2 :9). Le cœur même du Jardin originel est donc bien inscrit dans deux dualités successives : celle des deux arbres, puis encore celle du bien et du mal au sein du second. Déjà affrontée par les plus grands penseurs de toutes générations et de multiples cultures, cette fameuse dialectique du bien et du mal ne cesse de se poser à tout un chacun, quelle que soit son appartenance religieuse ou a-religieuse. C’est sur son mystère que le panneau central invite à « réfléchir » (au sens double de réflexion et de reflet).
La contribution judéo-chrétienne a ceci d’intéressant que contrairement au « bien/bon » évoqué dès les tout premiers versets et de façon répétitive (« Et Dieu vit que cela état bon »), le mal n’est jamais introduit en soi dans la Création, mais seulement après son achèvement narratif, et simplement couplé au « bien » déjà évoqué –précisément à travers l’arbre « du Bien et du Mal ». Le mal est-il à comprendre comme un simple reflet ? un double ? une ombre ? un négatif ? une caricature ? une esquisse ? un brouillon ? un raté du bien ? Tout se passe comme s’il n’était pas une réalité en soi mais plutôt une sorte de sous-produit par rapport au bien, voire d’« ante-produit » pour certains qui n’hésitent pas à l’interpréter comme un bien inaccompli. Le mal apparaît en tous cas comme intrinsèquement et mystérieusement lié au bien, que ce bien soit visible ou non. Il est intéressant de noter que ce type d’interprétation n’est pas sans rejoindre certaines philosophies orientales. C’est ainsi que les deux arbres sont peints ici comme enracinés dans une seule et unique source, rendue visible par une cartographie symbolique du Paradis observé depuis son centre, selon une projection polaire qui serait centrée sur les racines des arbres. Cette cartographie d’apparence « excentrique » mais de nature en réalité concentrique, qui permet de montrer la symétrie ontologique entre, sinon le bien et le mal, en tous cas le haut et le bas. « As above so below ».

*

Cette installation propose d’entrer dans un jeu de reflets multiples entre ce qui pourrait être les deux aspects d’une même réalité encore en cours de création. Le « Mal » demeure un grand mystère. Ces arbres en miroir invitent toutefois à garder à l’esprit la vertigineuse Unité qui, au-delà de la dualité sur laquelle butte l’entendement humain, est aussi inscrite à sa manière dans la Création. Il suffit parfois de peu pour que le mal le plus effrayant génère du bien, et vice versa, à l’image du cosmos dont les révolutions et l’immensité abolissent les notions de haut et de bas. La Création, toujours en mouvement, est souvent renversante.

Le bien et le mal, comme le haut et le bas, dansent ensemble plus qu’il n’y paraît. C’est un mystère mais quelques sages ici ou là semblent parvenir à intégrer les multiples apparences duales et à vivre la Création comme irréductiblement Une. Le chemin qu’ils indiquent est de se laisser attirer et enseigner par le Centre et origine de tout. À chacun de le nommer à sa guise ; il demeure la porte du Paradis intérieur, franchissable à chaque instant pour se recentrer et reconnecter « back to Paradise »…

Marie Malherbe, août 2016

"Back to Paradise" à la BIAS 2016 - Oratoire San Mercurio, Palerme

Ajouté le 7 sept. 2016

BACK TO PARADISE

* pour une cartographie excentrique et concentrique du jardin intérieur *

par Marie Malherbe.

Curatrice : Chiara Modica Donà dalle Rose.

Accueil et visites : Caterina D'Andrea et Leandra Mastrilli.

Cette installation invite à une réflexion sur la Création observée du point de vue du jardin originel. Elle est exposée à l’oratoire San Mercurio du vieux Palerme, récemment restauré, où elle dialogue avec la délicate majolique du Settecento qui dessine au sol un surprenant hortus deliciarum. Motifs végétaux et oiseaux de paradis parcourent en effet les deux œuvres, lesquelles apparaissent comme un prolongement l’une de l’autre. Le jardin vertical répond au jardin horizontal pour créer un instant pluridimensionnel d’harmonie, d’abondance et de paix visant à réveiller la mémoire intuitive du Paradis…et peut-être en retrouver quelque porte intérieure.

Libre interprétation picturale de la structure spatio-symbolique du Paradis rapportée dans la Genèse, ce polyptyque se propose en outre d’explorer deux énigmes. La première se déchiffre selon un axe de lecture horizontal et concerne, derrière le récit de la Création archétypale, la nature même de tout processus créatif. La seconde suit un axe de lecture vertical et traite de la dualité apparemment omniprésente dans toute (la) Création. Les deux axes se rejoignent en une unique recherche du Centre, point de passage obligé du cheminement « back to Paradise ».

*

La lecture horizontale de l’œuvre, embrassant ses 5 panneaux concentriques de plus en plus larges et donc de plus en plus lourds au fur et à mesure que l’on s’approche du centre, révèle une dynamique globale centripète conduisant le regard de l’extérieur vers l’intérieur. Ce mouvement traduit une double gradation :

La première est une gradation progressive du CHAOS à l’ORDRE. Les formes abstraites des panneaux extérieurs (idées) laissent peu à peu apparaître des éléments épars dans les panneaux intermédiaires (cellules), lesquels s’assemblent enfin dans le panneau central pour donner naissance à des organismes complexes (arbres). Cette progressive mise en ordre du chaos, qui traduit certes les tout premiers vers de la Genèse, mais qui sous forme poétique rejoint aussi l’esprit des théories scientifiques actuelles, illustre au fond la dynamique archétypale dont procède tout processus créatif.

La seconde est une gradation scalaire, du MACRO- au MICROCOSME. Elle reflète l’architecture symbolique du premier chapitre de la Genèse, depuis l’apparition de la lumière et du firmament au-delà de la Terre (panneaux extérieurs, plus minéraux) jusqu’à celle de la vie sur Terre (panneaux intérieurs, plus végétaux et animaux). Le terme de ce zoom progressif  est finalement le cœur d’un lieu tout à fait précis et singulier, premier espace terrestre décrit dans la Torah/Bible : le fameux jardin d’Eden ou Paradis.  La description de ce Paradisum voluptatis, qui apparaît dès le début du chapitre II de cette même Genèse, est brève mais hautement symbolique. Elle ne mentionne nommément que 4 fleuves (dont les 4 panneaux latéraux sont également une évocation) et surtout 2 arbres, sujets du panneau central : l’Arbre de Vie, et l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal. On précise qu’au moins l’un d’eux est planté au centre du jardin : c’est donc bien d’une recherche du centre dont il s’agit. La dynamique concentrique même de la composition, version revisitée des polyptiques médiévaux et renaissance visant précisément à orienter le regard vers l’intérieur, entend présenter le Paradis comme un lieu non pas extérieur et lointain mais intérieur et infiniment proche, accessible dans l’ici et maintenant. Délimité par les fleuves comme par le firmament, le Paradis apparaît comme un lieu protégé et clos auquel l’ensemble du cosmos fait écrin, et qui fait écrin à son tour aux deux arbres singuliers qui fleurissent en son centre. Ces deux arbres symbolisent donc le centre du centre, ou centre par excellence de l’intériorité.

Le jeu d’échelles se complexifie si l’on remarque que chaque feuille d’arbre (microcosme) reflète et contient en elle-même un motif de l’univers entier (macrocosme). Chaque entité du monde créé est en effet porteuse d’informations qui dépassent infiniment les limites apparentes de son être (qu’il s’agisse d’ADN pour la cellule, d’ « inspiration » pour l’être humain, ou de toute forme de connaissance intuitive).

Ce travail, conçu et réalisé comme une sorte de concerto silencieux pour feuille et fruit, est à écouter comme un dialogue complice entre le jardin et la fleur, entre le global et le singulier, l'infiniment grand et l'infiniment petit, l'extérieur et l'intérieur, dans lequel le premier se reflète dans le second, et le rejoint mystérieusement. « As within so without ».

*

Sa lecture verticale fait entrer en scène des correspondances supplémentaires, accordant cette fois-ci non plus seulement l’intérieur et l’extérieur, mais aussi le haut et le bas. Picturalement, le haut et le bas désignent ici non pas le divin versus l’humain, mais la dualité omniprésente « ici-bas » dans le créé –du moins selon la perception humaine commune. Dualité du haut et du bas, du chaud et du froid, du clair et de l’obscur, du masculin et du féminin, du conscient et de l’inconscient, du visible et de l’invisible… toutes résumables dans la dynamique créatrice bien connue du Yin et du Yang. Mais c’est d’une dualité bien plus problématique que parle l’Écriture judéo-chrétienne, et ceci d’entrée de jeu : celle du « bien » et du « mal » (« Dieu fit pousser du sol toute espèce d'arbres séduisants à voir et bons à manger, et l'arbre de vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal » Gen, 2 :9). Le cœur même du Jardin originel est donc bien inscrit dans deux dualités successives : celle des deux arbres, puis encore celle du bien et du mal au sein du second. Déjà affrontée par les plus grands penseurs de toutes générations et cultures, cette fameuse dialectique du bien et du mal ne cesse de se poser à tout un chacun, quelle que soit son appartenance religieuse ou a-religieuse. C’est sur son mystère que le panneau central invite à « réfléchir » (au sens double de réflexion et de reflet).

Car il pourrait bien s'agir de reflet. La contribution judéo-chrétienne a en effet ceci d’intéressant que contrairement au « bien/bon » évoqué dès les tout premiers versets et de façon répétitive (« Et Dieu vit que cela état bon »), le mal n’est jamais introduit en soi dans la Création, mais seulement après son achèvement narratif, et simplement couplé au « bien » déjà évoqué –précisément à travers l’arbre « du Bien et du Mal ». Le mal est-il à comprendre comme un simple reflet ? un double ? une ombre ? un négatif ? une caricature ?  une esquisse ? un brouillon ? un raté du bien ? Tout se passe comme s’il n’était pas une réalité en soi mais plutôt une sorte de sous-produit par rapport au bien, voire d’« ante-produit » pour certains qui n’hésitent pas à l’interpréter comme un bien inaccompli. Le mal apparaît en tous cas comme intrinsèquement et mystérieusement lié au bien, que ce bien soit visible ou non. Il est intéressant de noter que ce type d’interprétation n’est pas sans rejoindre certaines philosophies orientales. C’est ainsi que les deux arbres sont peints ici comme enracinés dans une seule et unique source, rendue visible par une cartographie symbolique du Paradis observé depuis son centre, selon une projection polaire qui serait centrée sur les racines des arbres. Cette cartographie d’apparence « excentrique » mais de nature en réalité concentrique, tend à montrer la symétrie ontologique entre, sinon le bien et le mal, en tous cas le haut et le bas. « As above so below ».

*

Cette installation propose d’entrer dans un jeu de reflets multiples entre ce qui pourrait être les deux aspects d’une même réalité encore en cours de création. Le « Mal » demeure un grand mystère. Ces arbres en miroir invitent toutefois à garder à l’esprit la vertigineuse Unité qui, au-delà de la dualité sur laquelle butte l’entendement humain, est aussi inscrite à sa manière dans la Création. Il suffit parfois de peu pour que le mal le plus effrayant génère du bien, et vice versa, à l’image du cosmos dont les révolutions et l’immensité abolissent les notions de haut et de bas. La Création, toujours en mouvement, est souvent renversante.

Le bien et le mal, comme le haut et le bas, dansent ensemble plus qu’il n’y paraît. C’est un mystère mais quelques sages ici ou là semblent parvenir à intégrer les multiples apparences duales et à vivre la Création comme irréductiblement Une. Le chemin qu’ils indiquent est de se laisser attirer et enseigner par le Centre et origine de tout. À chacun de le nommer à sa guise ; il demeure la porte du Paradis intérieur, franchissable à chaque instant pour se recentrer et reconnecter « back to Paradise »…

Marie Malherbe, août 2016

"A Sacred Covenant" / "Una Sacra Alleanza"

Ajouté le 5 août 2016

Exposition pour le 500e anniversaire du ghetto de Venise

Le thème de l’ALLIANCE est au cœur de l’histoire initiatique du peuple juif, et de ses écrits sacrés. Alliance gratuite et improbable entre le divin et l’humain, entre le Créateur et la créature ; Alliance cent fois bafouée, et cent fois restaurée sous des formes toujours nouvelles, manifestant inlassablement que le Très-haut désire s’allier au Très-bas en de renversantes noces verticales.
Alliance singulière sans doute, mais surtout singulièrement incomprise. Levain dans la pâte, force qui à travers le singulier fait lever le Tout, elle ne saurait être la propriété communautaire d’une ethnie à l’exclusion des autres, mais féconde tout acte de quiconque se reconnait de ce lien à vocation universelle.
Ce travail propose une lecture intérieure et poétique de l’Alliance, non pas comme récit historique, mais comme écho à ce patient éveil de l’être, par l’engagement fidèle… à assumer sa divine Liberté.

A Midsummer Night's Scream - Un Cri dans le Ghetto

Ajouté le 30 juil. 2016

(Réflexion sur le 'Marchand de Venise' dirigé par Karin Coonrod pour les 500 ans du Ghetto et 400 ans de la mort de Shakespeare)

 

Le Ghetto ce soir est de sortie.

Sortie étrange, à l'envers, vers l'intérieur de son histoire.

Les gradins en barres métalliques

dessinent des cercles concentriques

comme un cosmos

en révolution

dans la prison de sa mémoire.

Au milieu du ghetto la place;

au milieu de la place la scène;

au milieu de la scène le puits

rond lui aussi

comme le temps qui s'apprête à tourner

autour des lumières, des arbres et des mots.

 

Tout commence comme un plaisant divertissement d'été

pour public instruit comme il faut.

Fébrilité de l'avant-fête

sur les dalles antiques où résonnent

les bottes des carabiniers et les talons italiens

des élégantes. On se pâme, on parle, on soupire

en attendant Shakespeare.

Cigales excitées et buveurs bavards

continuent leur sérénade tandis que gesticulent

en préambule

des saltimbanques d'un autre temps.

 

Puis au milieu des synagogues, des jeux d'enfants et des maisons

la trompette d'un homme en noir

emplit le ciel comme un chophar

-a-t-on sonné l'heure du Pardon ?

 

Les badauds interdits s'arrêtent

pour déguster quelques bons vers

suspendus à la nuit dense,

on regarde encore quelques danses...

quand tout à coup

jaillit de la nuit

le CRI.

 

On te croyait d'une autre époque

mais tu pleures encore Shylock ?

 

Hurle sauvage, sanglot terrible,

râle total et viscéral

à faire tordre les muscles des pierres

et la chair torturée des maisons 

qui en rond

gardaient les trous de mémoire.

Aboi qui déchire l'histoire;

qui fouille dans les entrailles

de ces trop fameuses murailles;

qui tonitrue et puis se tait.

 

Silence nouveau

sur le campo

léger comme après l'orage...

Accouché du fond des âges

le ghetto a crié son Nom.

 

Les corps qui bougent,

les lumières rouges

tout s'accélère et la spirale

s'inverse

enfin ce soir on peut sortir

des bourreaux et des martyrs,

car le procès n'est pas fini

et son nom est MERCY.

 

Mercy Merci

Colombari

par votre farce libératrice

le ghetto crie ses cicatrices

et marche vers sa guérison.

 

Marie Malherbe, Venise, 30 juillet 2016

"La Flûte de la Salute" concert-spectacle jeune public présenté au Casino Venier par l'Alliance française de Venise.

Ajouté le 23 févr. 2016

Interprète : Sandrine François, flûte solo de l'Orchestre Philarmonique de Strasbourg. Textes et décors : Marie Malherbe.
 

Intention : La Flûte de la Salute est un conte poétique sur la dépression et sur la joie, sur le pouvoir de l’amitié et de la musique, et sur le processus créatif en général. Sous une forme onirique mais simple puisque destinée aux enfants, il évoque des questions profondes, ce qui l’apparente au conte initiatique. Sa substance offre plusieurs niveaux de lecture. En voici deux.

*

C’est d’abord un hommage à une flûtiste et personnalité d’exception, Sandrine François, entendue pour la première fois lors d’un concert à Venise. La Flûte de la Salute, c’est elle. C’est cette fragilité des êtres sensibles, sublimée par cette force mystérieuse et exigeante des vrais artistes. C’est cette capacité à ressentir le gouffre de l’existence et, par là-même, à aller chercher du souffle en l’altitude.

Cette verticalité radicale de la vie artistique, Sandrine l’incarne de façon magistrale, car elle vole. Pas seulement avec sa musique ; elle vole pour de bon. A ses heures perdues, la belle flûtiste est aussi pilote d’avions ! Elle dit qu’elle a besoin d’air, besoin de hauteur pour supporter la lourdeur de la terre, et même pour jouer sa musique. Comment ne pas voir que concentrée aux commandes de son avion, c’est son propre oiseau de feu qu’elle rencontre, qu’elle apprivoise et qu’elle nourrit ?

C’est chose rare, et pourtant quoi de plus naturel qu’un joueur de flûte qui vole : n’est-il pas un peu oiseau lui aussi ? Comme l’oiseau, il est ce microcosme de fragilité et d’agilité, où le jeu du souffle et d’une infinité de petits muscles rigoureusement maîtrisés peut produire des mélodies étourdissantes de grâce. La grâce, c’est bien dans son cher Ciel qu’inlassablement Sandrine va la puiser, avec les ailes de son avion ou de son instrument, et qu’avec passion elle nous la traduit et nous la chante, sublime, au creux de l’oreille.

A travers l’histoire singulière d’une flûtiste étonnante, ce conte évoque avec simplicité et délicatesse cette aspiration de tout artiste -et de tout enfant- au feu absolu, à l’air absolu ; cette nostalgie de l’espace, cette intuition viscérale que tout est Souffle, et que si l’on inspire du grand Ciel, on peut faire dire de grandes choses à une toute petite flûte.

D’autant que cette flûte-là est en or, assortie à sa musique… et à l’oiseau qui la fait chanter.

 

*

 

La Flûte de la Salute est aussi un petit conte cosmique -presque alchimique. C’est de l’eau qui, en intégrant successivement la terre, l’air et le feu, se transforme en or, en musique et en beauté.

Venise, c’est le monde de l’eau, les flots de nos émotions. L’aqua alta, c’est le débordement de cette émotivité, quand celle-ci sort des canaux qui lui sont impartis, et envahit notre maison intérieure, tous les étages de l’être, jusqu’à en paralyser le fonctionnement.

La Flûte malade est l’expression de ces débordements. Son rhume rappelle les symptômes typiques du chagrin : éternuements, nez qui coule, yeux qui pleurent : un trop-plein d’eau et d’émotions. Sa respiration est cassée par la toux, elle a perdu son souffle. Elle ne peut donc plus jouer, ni dire ce qu’elle a à dire. Elle n’a plus accès à l’air, ni au son ; elle est ce petit oiseau brisé qui ne peut plus ni voler ni chanter.

Les deux enfants Lucie et Léo, c’est l’éveil, la curiosité envers la vie et les autres, l’écoute. Ils sont à l’aise avec les émotions : leur petite gondole leur permet de flotter sans jamais sombrer, et même de se déplacer à leur guise en glissant sur les eaux avec souplesse -car en bons Vénitiens ils savent ramer. Même à marée maximale, Léo circule en toute liberté, ouvert et joyeux -contrairement aux adultes qui s’inquiètent et se fâchent- car le petit gondolier a intégré le fait que dans la vie il y a des hauts et des bas, des vagues, et que tout est mouvant. 

L’Oiseau de Feu, c’est le feu créateur. Il est chez lui aussi bien dans la matière terrestre (il habite dans un jardin) que dans les airs, où il voltige en maître. Il fait le pont entre les deux, à l’image du feu qui transforme la matière et aspire à l’air. C’est lui qui permet à tous les protagonistes de passer de l'un à l'autre, de prendre de la hauteur, de s’élever bien au-dessus de la marée des émotions, au-delà des eaux lagunaires, et même de l’eau suspendue des nuages, pour atteindre cette altitude où « le ciel est toujours bleu ».

C’est un guérisseur qui sait comment réaligner ce qui est « de travers ». Il montre à la Flûte comment se reconnecter à son propre pouvoir créateur, à son feu sacré et éternel, et par là comment retrouver son Souffle. Il lui redonne goût à la vie, à la nourriture qui est bonne pour elle, et qui n’est autre que toute la beauté qu’elle a offerte au monde, toute la musique qu’elle a déjà créée et projetée dans le cosmos.

Esprit libre et vivifiant, c’est aussi un maître à voler pour ce petit oiseau blessé. A la manière d’un passeur, il lui fait franchir ces confins de l’être où, sous l’effet du feu, l’eau et les larmes se transforment en air et en Souffle. Alchimiste à sa manière, l’Oiseau de feu transmute le trop-plein d’eau en or. C’est pourquoi le voyage initiatique à l’ombre de ses ailes n’a pas de durée chronologique, il dure « un jour et un âge », dans une éternité qui transcende le temps.

Riche de cette expérience d’éveil et de guérison, la Flûte redescend sur terre avec un supplément d’âme qui va faire toute la magie de son concert. Elle va pouvoir donner beaucoup plus que si elle n’avait jamais été malade, puisqu’à travers sa transformation, elle a goûté et ingéré des morceaux de Ciel. Son parcours l’a non seulement rétablie et grandie : il a aussi rétabli l’harmonie dans tout le cosmos. Les eaux lagunaires reprennent leur place, à l’image des eaux intérieures. N’est-ce pas là la mission personnelle et cosmique de tout homme, et en particulier de tout artiste : assumer l’eau, nourrir le feu, puiser dans le Ciel et redescendre sur terre pour y dire « la vie du firmament » ?

Marie Malherbe, février 2016

 

Synopsis : voir

http://www.pippa.fr/La-Flute-de-la-Salute
http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=17&srid=107&ida=11847
http://www.paperblog.fr/5636870/la-flute-de-la-salute-marie-malherbe/

http://www.ricochet-jeunes.org/livres/livre/40853-la-flute-de-la-salute

L'Arbre intérieur

Ajouté le 19 janv. 2016

Cloïtre des Servites, Vienne (Autriche)

Exposition "L'Arbre intérieur" - Der Innere Baum

Ajouté le 19 janv. 2016

Un parcours d'inspiration biblique sur le thème de l'Arbre intérieur, présenté dans le cloître des Servites à Vienne.

Organisation : P. Giovanni Micco et Elisabeth Stifter

Présentation : Bernadette Halbron

Im Servitenkloster blüht ein Mandelbaum

 

Im Servitenkloster blüht ein Mandelbaum.

Ewig erstaunliche Kraft des Wachstums in der Stille,

Treffpunkt zwischen Himmel und Erde.

Bild unseres inneren Baumes, unserer Vertikalität und Fruchtbarkeit,

denn auch wir können erst dann Frucht tragen,

wenn wir im Himmel und in der Erde tief verwurzelt sind.

Das Kloster ist ein perfekter Mikrokosmos,

ein ganz wertvoller Schatz im Herzen Wiens,

nicht nur von seiner Schönheit und ganzen Geschichte,

sondern auch von der Harmonie her,

die von den dort lebenden Seelen strahlt.

Liebevolle Augen, Worte, und die Stille,

die unsere inneren Bäume gießen.

Gesegnet sei die ganze Kirchengemeinschaft,

die bekannten und unbekannten Gesichter;

die wunderbare Künstlerrunde,

in denen Elisabeth für ihr ganz offenes Herz,

reines Lächeln, in die Seele hinein taucht;

P. Giovanni, P. Gregor, P. Markus, P. Christoph und P. Matteo:

Danke für Eure immer klugen Worte, und Gastfreundschaft,

für Euer Priestersein, Euer Dasein,

und das Gute im Haus,

wo Bäume blühen,

und der Geist weht.

Marie Malherbe, 24. Jänner 2016

Installation cathédrale de Trévise 'Il GIARDINO di MISERICORDIA'

Ajouté le 13 déc. 2015

Le Jardin de Miséricorde

Une installation qui propose de méditer sur six paroles pour entrer dans le mystère de la Miséricorde. Paroles-clés au seuil d’une cathédrale, piliers d’une porte intérieure.

Le Magnificat de Marie annonce le message renversant du Christ : Béatitudes, femme adultère, onction de la pécheresse, fils prodigue, jusqu’à sa propre agonie.

Une parole qui vraiment culbute ce qui est en haut et élève ce qui est à terre : filles honteuses, fils déchus, croix du Fils.

Sans cesse il est ici question de verticalité. Une verticalité renversée et renversante ; entièrement déconstruite et réordonnée selon une Loi nouvelle.

La Miséricorde abat nos certitudes…mais nous fait tenir debout à un niveau plus profond. Debout comme des fils et des filles restaurés dans leur identité sacrée.

Ainsi où Il est Temple, nous aussi nous serons colonnes.

Marie Malherbe, Avent 2015

 

un projet de jubilé réalisé avec Giovanna Azzola (curatrice) et Luigi Bertin (coordination technique)

'This is Love'

Ajouté le 15 oct. 2015

Exploring the mystery of Love, not just as a feeling but as a spiritual gift and identity


Créé avec Artmajeur